Le harcèlement moral au travail touche chaque année des centaines de milliers de salariés en France. Reconnu par l’article L.1152-1 du Code du travail, ce phénomène se définit comme des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité du salarié. Savoir constituer un dossier solide est la première étape pour faire valoir vos droits.

Ce que dit la loi sur le harcèlement moral
Le harcèlement moral est défini par le Code du travail comme des agissements répétés qui dégradent les conditions de travail. La répétition est un critère essentiel : un acte isolé, même grave, ne suffit pas à caractériser le harcèlement moral au sens légal. En revanche, une accumulation de comportements — mises à l’écart, critiques incessantes, surcharge ou retrait de missions — peut constituer un harcèlement même si chaque acte pris isolément paraît anodin.
L’employeur a une obligation légale de prévention. Il doit prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des salariés (art. L.4121-1 du Code du travail). Le harcèlement moral est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende, tant dans le cadre pénal que civil.
Les critères retenus par la jurisprudence
La Cour de cassation a progressivement affiné la notion de harcèlement moral. Elle retient notamment : la dégradation objective des conditions de travail, le lien entre les agissements et l’état de santé du salarié, et l’intentionnalité (qui n’est pas exigée). Le juge apprécie les faits dans leur ensemble et leur répétition, sans exiger qu’ils soient tous de la même nature.
Identifier les agissements constitutifs de harcèlement
Plusieurs catégories de comportements sont régulièrement qualifiées de harcèlement moral par les juridictions prud’homales :
- Isolation progressive : mise à l’écart des réunions, suppression des communications, bureau isolé
- Humiliations répétées : critiques publiques, remarques dénigrantes, remise en question systématique du travail
- Surcharge ou sous-charge de travail : missions impossibles à réaliser ou retrait total d’activité
- Pression sur les horaires : objectifs inatteignables, menaces répétées de licenciement
- Atteintes à la vie privée : surveillance excessive, contrôle abusif des allées et venues
La liste n’est pas exhaustive. Un comportement nouveau peut être qualifié de harcèlement si les autres critères légaux sont réunis. Si vous êtes également confronté à une procédure disciplinaire injustifiée, consultez notre guide sur le licenciement abusif aux prud’hommes pour comprendre vos droits en cas d’issue défavorable.
Constituer un dossier de preuves solide

La preuve est souvent le point le plus délicat dans les affaires de harcèlement moral. Le salarié supporte la charge de la preuve initiale : il doit présenter des éléments laissant supposer l’existence d’un harcèlement. L’employeur doit ensuite prouver que ces agissements sont justifiés par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement.
Le journal de bord : votre outil essentiel
Dès les premiers signes, tenez un journal chronologique : notez chaque incident avec la date, l’heure, les personnes présentes, les paroles ou comportements exacts. Ce journal, complété au fil du temps, constitue un élément central lors de l’audience prud’homale. Conservez également tous les échanges écrits (emails, SMS, courriers internes) sans les modifier.
Les autres types de preuves recevables
- Attestations de collègues, anciens collègues ou témoins directs
- Arrêts de travail pour burn-out, dépression ou anxiété avec mention des causes professionnelles
- Certificats médicaux du médecin traitant ou du médecin du travail
- Courriels, messages Slack ou Teams documentant les comportements litigieux
- Comptes rendus d’entretiens annuels ou notes de service anormalement critiques
Attention : ne collectez jamais des preuves de manière illicite (enregistrements cachés sans consentement, accès à des espaces privés). Les preuves obtenues déloyalement sont irrecevables en justice et peuvent se retourner contre vous.
Signaler le harcèlement en interne
Avant de saisir une juridiction, plusieurs démarches internes sont possibles et parfois obligatoires. Signalez les faits au service RH, à votre responsable hiérarchique supérieur ou aux représentants du personnel (CSE). Ce signalement crée une obligation d’enquête pour l’employeur et lui confère une connaissance officielle des faits. En cas d’inaction, sa responsabilité sera engagée d’autant plus facilement.
Le Défenseur des droits peut également être saisi gratuitement s’il existe un lien avec une discrimination (genre, origine, état de santé, etc.). Une lettre recommandée avec accusé de réception adressée à votre employeur est conseillée — notre modèle de lettre de mise en demeure vous aidera à rédiger ce courrier de manière formelle et efficace.
Les voies de recours judiciaires

Si les démarches amiables échouent, deux voies s’offrent à vous : la voie prud’homale (civile) et la voie pénale. Ces deux procédures peuvent être menées simultanément.
Le Conseil de prud’hommes
Vous pouvez saisir le Conseil de prud’hommes pour obtenir des dommages et intérêts, la nullité d’un licenciement lié au harcèlement, ou la résiliation judiciaire du contrat de travail aux torts de l’employeur. La prescription est de cinq ans à compter du dernier acte de harcèlement. La présence d’un avocat est recommandée, même si elle n’est pas obligatoire. Si la décision rendue ne vous satisfait pas, notre guide sur faire appel d’un jugement vous explique les délais et les modalités de la procédure d’appel.
La voie pénale
Le harcèlement moral constitue un délit pénal (art. 222-33-2 du Code pénal). Vous pouvez déposer une plainte auprès du procureur de la République ou vous constituer partie civile. La voie pénale est particulièrement adaptée lorsque le harceleur est identifié et que vous souhaitez une condamnation personnelle, indépendamment de la responsabilité de l’employeur.
FAQ — Harcèlement moral au travail
Peut-on être licencié pendant une procédure de harcèlement moral ?
Un licenciement prononcé en raison d’un signalement de harcèlement moral est nul de plein droit (art. L.1152-3 du Code du travail). Le salarié peut obtenir sa réintégration ou des indemnités majorées. La preuve du lien causal entre le signalement et le licenciement incombe toutefois au salarié.
Le harcèlement moral peut-il être commis par un collègue ?
Oui. Le harcèlement peut émaner d’un supérieur hiérarchique mais aussi d’un collègue ou d’un subordonné. Dans tous les cas, l’employeur reste responsable s’il n’a pas pris les mesures de prévention et de correction nécessaires après avoir eu connaissance des faits.
Quelle est la prescription pour agir en justice ?
La prescription est de cinq ans pour l’action civile devant les prud’hommes, à compter du dernier acte caractérisant le harcèlement. Pour la voie pénale, le délai est de six ans à compter du dernier acte. Ces délais imposent d’agir rapidement une fois la situation identifiée.
Les informations publiées sur Aria Recours ont un caractère général et informatif. Elles ne constituent pas un conseil juridique personnalisé et ne peuvent se substituer à l’avis d’un avocat ou d’un juriste qualifié. Pour toute situation personnelle, nous vous recommandons de consulter un professionnel du droit.