La pension alimentaire impayée est une situation qui touche des milliers de familles en France. Lorsque le débiteur cesse de payer, il existe plusieurs mécanismes légaux pour récupérer les sommes dues : paiement direct, saisie sur salaire et intervention de l’ARIPA. Voici les recours à activer, étape par étape.

Pension alimentaire impayée : les premiers réflexes
Avant d’engager une procédure, assurez-vous de disposer d’un titre exécutoire : jugement de divorce, ordonnance de non-conciliation, jugement du JAF (juge aux affaires familiales) ou convention homologuée par le juge. Sans ce document, aucune exécution forcée n’est possible. Si vous n’en avez pas encore, saisissez le JAF pour faire fixer ou homologuer la pension.
Combien de mensualités impayées avant d’agir ?
Il n’y a pas de délai minimum légal. Dès le premier impayé, vous pouvez engager une procédure. En pratique, les professionnels conseillent d’attendre 2 à 3 mois d’impayés avant d’activer une procédure formelle, pour distinguer un retard ponctuel d’un manquement délibéré. Si divorce par consentement mutuel et fixation de la pension prévoyait un montant précis, conservez le jugement : il constitue votre titre exécutoire.
La procédure de paiement direct : récupérer via l’employeur
La procédure de paiement direct permet de demander à l’employeur du débiteur de prélever automatiquement la pension sur son salaire et de vous la verser. Elle est prévue par la loi du 2 janvier 1973 et est gratuite si vous faites appel à un huissier de justice.
Comment déclencher la procédure de paiement direct ?
- Confiez le titre exécutoire et votre demande écrite à un huissier de justice (commissaire de justice depuis 2022)
- L’huissier notifie l’employeur du débiteur par acte d’huissier
- L’employeur dispose de 15 jours pour commencer les prélèvements
- S’il ne respecte pas cette obligation, il devient lui-même redevable des sommes dues
- La procédure permet de récupérer les 6 derniers mois d’impayés + les mensualités courantes

L’ARIPA : l’Agence de recouvrement des impayés de pensions alimentaires
L’ARIPA (Agence de recouvrement et d’intermédiation des pensions alimentaires) est le service de la CAF et de la MSA chargé d’intervenir gratuitement en cas de pension impayée. Elle offre deux types d’intervention : l’intermédiation financière (prévention) et le recouvrement des impayés (curatif).
L’intermédiation financière : prévenir les impayés
En cas de divorce ou séparation récente, vous pouvez demander à l’ARIPA de collecter la pension directement auprès du débiteur et de vous la reverser. C’est l’intermédiation financière, accessible sur demande conjointe ou unilatérale via l’espace personnel CAF. Elle est particulièrement utile lorsqu’il existe un risque de conflit ou d’impayé prévisible.
Le recouvrement par l’ARIPA en cas d’impayé avéré
Si la pension n’est plus payée depuis au moins 1 mois, l’ARIPA peut intervenir pour recouvrer les sommes. Elle utilise plusieurs leviers : accès direct aux données fiscales du débiteur, saisie sur compte bancaire, demande d’information auprès des employeurs. La démarche se fait en ligne sur aripa.fr ou sur le site de votre CAF.

Le délit d’abandon de famille : une sanction pénale
Le non-paiement délibéré de la pension alimentaire est un délit pénal prévu par l’article 227-3 du Code pénal. Il est constitué dès 2 mois d’impayés. La peine est de 2 ans d’emprisonnement et 15 000 € d’amende. Vous pouvez déposer plainte auprès du commissariat ou de la gendarmerie, ou directement auprès du procureur de la République. La menace pénale est souvent suffisante pour obtenir une reprise des paiements.
Quand porter plainte pour abandon de famille ?
Portez plainte après 2 mois consécutifs d’impayés, une fois que vous avez envoyé une mise en demeure restée sans effet. La plainte est déposée au commissariat ou par courrier au procureur. Si la procédure civile échoue, la voie pénale est souvent plus dissuasive. Vous pouvez également vous constituer partie civile pour demander des dommages et intérêts devant le tribunal correctionnel. En cas de jugement défavorable, il est toujours possible de faire appel de la décision si la saisie est contestée.
Questions fréquentes sur la pension alimentaire impayée
Peut-on faire modifier le montant de la pension si le débiteur est dans une mauvaise situation ?
Oui. Toute modification substantielle de la situation financière du débiteur (perte d’emploi, maladie, nouvelle charge familiale) permet de saisir le JAF pour réviser le montant. Cette demande de révision est possible à tout moment. En attendant, les paiements doivent continuer au montant fixé par le jugement en vigueur. L’impayé unilatéral n’est jamais justifié par une baisse de revenus.
La pension alimentaire est-elle imposable pour le créancier ?
Oui. Les pensions alimentaires reçues sont à déclarer comme revenus imposables pour le créancier, sauf pour les pensions versées à un enfant majeur dont vous n’êtes plus le foyer fiscal de rattachement. De son côté, le débiteur peut déduire les pensions versées de son revenu imposable dans la limite de 6 794 € par enfant pour 2026 (montant revalorisé annuellement).
Que faire si le débiteur part à l’étranger ?
Si le débiteur réside dans un pays de l’Union européenne, le règlement CE 4/2009 permet l’exécution directe du titre exécutoire français sans procédure supplémentaire. Hors UE, des conventions bilatérales peuvent s’appliquer (Maroc, Algérie, Tunisie, Québec…). L’ARIPA peut intervenir pour les pays ayant conclu une convention avec la France. Pour les autres, le recours à un avocat spécialisé en droit international de la famille est indispensable.
Pour aller plus loin
Ces ressources complètent les informations de cet article :
- divorce par consentement mutuel et fixation de la pension
- faire appel de la décision si la saisie est contestée
- Modèle de mise en demeure avant action en justice
- Contester une décision administrative refusant une aide
Les informations publiées sur Aria Recours ont un caractère général et informatif. Elles ne constituent pas un conseil juridique personnalisé et ne peuvent se substituer à l’avis d’un avocat ou d’un juriste qualifié. Pour toute situation personnelle, nous vous recommandons de consulter un professionnel du droit.